curiosités·histoire

Dance marathons

Un marathon de danse est une compétition au cours de laquelle des couples s’affrontent, le but étant que les deux partenaires dansent en continu le plus longtemps possible. Ce type de compétition était très fréquent pendant la Grande Dépression qui a suivi la crise de 1929 aux États-Unis. Les candidats dansaient parfois pendant plusieurs jours, espérant empocher une récompense s’élevant généralement à quelques centaines de dollars, avec l’assurance d’un repas chaud pour les perdants.

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Dance marathon, 1923

Ces concours de danse avaient la particularité de durer des semaines entières, voire parfois des mois. De quoi dormir debout ! En pleine période de crise, les ventres ont faim et ils sont prêts aux plus grandes folies pour un repas, voire même pour une récompense.

Dance Marathons à Oakland
Marathon de danse à Oakland

Afin de ne pas être disqualifiés, les participants devaient rester en mouvement pendant quarante-cinq minutes par heure. Aussi étaient-ils obligés de manger en rythme, de lire le journal dans le dos de leurs partenaires (pour se changer les idées…), ou encore pour ses messieurs, de se raser en tenant un miroir d’une main tout en passant les bras autour du cou de leurs partenaires. Dès que le quart d’heure de répit sonnait, les danseurs se ruaient sur des lits installés dans une zone visible du public appelée « Cot Nights ». Là, ils pouvaient dormir pendant onze minutes — et pas une de plus — avant d’être réveillés.

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Comme on le constate sur les images, l’un des deux cavaliers pouvait essayer de dormir pendant la compétition, en reposant son poids sur l’autre danseur, mais il fallait que ses pieds continuent de bouger ou de glisser. Si les genoux touchaient le sol, c’était l’élimination immédiate !

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Pour qu’il y ait du spectacle, il fallait aussi maintenir l’intérêt du public. Aussi les organisateurs mettaient en place quelques attractions, comme des mariages de couples de danseurs, et n’avaient de cesse de haranguer la foule en clamant : “Ladies and Gentlemen, How Long Can They Last?”. Comme nous le rapporte le Tacoma Times, un maître de cérémonie local s’exclamait : “Stumbling, Staggering, On They Go! Who will be the next to be carried off the floor?” (The Tacoma Times, 21 juillet 1936).

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Les pauvres danseurs, avec l’énergie du désespoir, tentaient des mimiques et gestuelles comiques ou grotesques afin de susciter l’admiration du public qui était autorisé à lancer des pièces aux danseurs leur apportant le plus de divertissement et de satisfaction. Ces petits pourboires étaient appelés « floor money », « sprays » ou encore « silver showers».
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D’autres danseurs étaient sponsorisés par des marques et gagnaient un peu d’argent en portant le nom de la marque lors des compétitions. Le public de ces Dance marathons était à 75 % féminin. Des femmes qui suivaient avec passion, sur plusieurs semaines, les aventures et les péripéties de ces couples de danseurs… comme elles auraient regardé leur feuilleton favori.

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Et puis, comme au bout d’un moment le public se lasse, le présentateur décidait d’en finir et lance les éliminations, les Grinds. Pour ce faire, on supprimait les quarts d’heure de pause, tout le monde devant alors danser sans s’arrêter jusqu’à ce que les premiers couples s’effondrent. Durant cette phase d’élimination, il était interdit de parler à son partenaire ou de le secouer, voire de le gifler, pour le tenir éveillé.

last-four-couples-standing-in-a-chicago-dance-marathon-ca-1930Les quatre derniers couples d’un Dance marathon à Chicago en 1930

Ces shows avaient parfois de graves conséquences. Dans certains cas, la fatigue extrême des danseurs les conduisait à des états d’hystérie, à des délires de persécution, certains ont même sombré dans le coma.

« Qui peut dire les effets sur ces couples ? Dépression nerveuse, perte de tonus et pieds sévèrement abimés sont les hypothèses les plus probables, conséquences de cette folie à peine croyable. » – New York Times, 25 juin 1928

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1930 : Helen Jarm tient Cliff Real, son troisième partenaire, durant un marathon dansant qui a duré 1120 heures

Ce spectacle affligeant était banni de nombreuses villes américaines, mais plusieurs marathons se sont tout de même tenus à Chicago, Washington, Spokane, Seattle, Yakima, Wenatchee, Vancouver ou encore Bellingham. En vérité, les marathons de danse étaient entrés dans la culture américaine des années 1930.

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9 mai 1932 : Des participants épuisés tentent de continuer à danser dans un marathon qui a commencé le 31 mars, soit près de 900 heures avant, dans le Bronx

Il faudra attendre un drame : la tentative de suicide d’une danseuse de Seattle qui après avoir dansé 19 jours durant, s’était retrouvé seulement à la 5e position du classement. Après cet incident médiatique, les marathons de danse furent bannis de la ville de Seattle en septembre 1928, puis d’autres villes telles que Bellingham en janvier 1931 jusqu’à l’interdiction formelle de ces représentations à l’échelle du pays le 13 mars 1937.

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19 janvier 1931 : Frank et Marie Micholowsky ont tenu plusieurs semaines lors d’un marathon dansant à Chicago

Inutile de blâmer les Américains car figurez-vous que cette mode a fini par arriver en France. Ainsi, à Orléans s’est déroulé un marathon de danse qui a duré du 21 novembre 1932 au 16 janvier 1933, autrement dit, 1325 heures de danse effrénée.

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Danseurs du marathon de danse d’Orléans, 1932-1933
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Les marathons de la danse, un concept amusant mais dont la réalité est quand même beaucoup moins drôle..

Pour découvrir des images d’archives, c’est ici :

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